A propos de rien

A propos de rien

Par Serge Druon

Publié le 11/01/12
Classique
« Il n’y a pas rien » a pour corollaire immédiat, « Il y a quelque chose ». Tout le monde voit bien qu’il y a des choses. Mais où voyons-nous ce « rien » qu’il n’y a pas ? Dans notre imagination. Nous sommes capables d’imaginer la négation de tout. Ce « rien » est donc imaginaire. Tout le monde en possède le concept. Tout le monde sait que ce que recouvre ce concept est une fiction puisqu’il y a quelque chose. L’affaire semble close. Or, voici ce qu’il se passe : au milieu des choses familières apparaît l’ennui. Un sentiment, une angoisse. Nous sommes assaillis par « rien ». « Rien » apparaît. « Rien » est là, en même temps que les choses. Grave dépression, nausée : les choses et rien, c’est la même chose. Tout à coup, apparaît la chose, l’être, l’inouï, sur fond de « rien ». La chose était là depuis toujours, jamais apparue. Nous n’étions pas nés.