Charme slave

Charme slave

Par François Rozé

Publié le 21/06/12
Classique
On peut dire ce qu’on voudra ; apparemment, ce n’était pas un type ordinairement violent. Pourquoi avoir agi d’une façon aussi imprévisible ? Sincèrement, c’était bien le dernier homme auquel j’aurais attribué pareil écart de conduite.
Il avait serré le kiki de la jeune femme en question au point de l’étouffer complètement, même qu’elle avait manqué y laisser sa dernière étincelle de vie. Évidemment, ça ne se fait pas ! Il aurait dû conserver un minimum de sang-froid ; mais, c’est plus facile à dire qu’à faire.
Le drame s’était donc produit à l’étage au-dessus. On avait bien entendu cette altercation entre eux, mais c’était assez fréquent, les accrochages verbaux.
Parfois, on se demandait s’ils n’échangeaient pas des coups ?
Sûrement, ils se battaient ; ils devaient encaisser les gnons avec un stoïcisme de vieux combattants coriaces et aguerris.
Certaines résonances nous incitaient à l’imaginer : telles des chaises poussées violemment et tombant lourdement, la table ripant sur le parquet, autant de signaux évoquant un pugilat silencieux, puisque aucun cri de douleur ne parvenait jusqu’à nos oreilles attentives. Lorsqu’un armistice se produisait, les échos nous arrivant de l’étage supérieur avaient une connotation différente : les grincements syncopés de la literie en disaient long sur la cordialité de leur réconciliation.
Décidément, ce couple n’aimait pas le silence ni la tranquillité.