Le désir et la chance, Fréderic Mitterrand, extraits

Le désir et la chance, Frédéric Mitterrand, extraits

 

 

 

Quelques extraits du livre de Frédéric Mitterrand, Le désir et la chance qui sort le 23 janvier en librairie.

 

 

 

 

 

Le désir et la chance, Fréderic Mitterrand, extraits : Nicolas Sarkozy

On a beaucoup dit que ma nomination était due à l’influence supposée de la femme du président, or je dois dire qu’en vérité je ne la connaissais pas assez pour que cela puisse m’aider à organiser je ne sais quelle stratégie (…). Il est certain que si je ne connaissais pas très bien Carla, je connaissais des gens qui la connaissaient très bien, et qu’il devait y avoir dans ces circonstances un environnement amical qui m’était plutôt favorable. Mais l’expérience m’avait montré auprès de François (Mitterrand), ce qui sera confirmé ensuite, que les choses ne se passent pas du tout comme cela, comme on peut se l’imaginer. (…) Donc, en fait, en traversant la cour du Palais de l’Élysée, avec les pieds crissant sur le gravier et sous un soleil de plomb, je ne m’attendais à rien de précis. De plus, j’avais quitté Rome la veille et je n’avais participé ni de près ni de loin à toute l’agitation qui entourait la préparation d’un nouveau gouvernement. (…) Le président me reçoit sur la terrasse, seul à seul. Tout est tranquille et parfaitement calme. Il me propose d’emblée de devenir ministre de la Culture. Sur le même ton tranquille, je lui dis oui tout de suite. Il a même l’air un peu surpris de voir que je n’hésite pas une seconde. Je demande simplement s’il s’agit aussi de la communication, et il me le confirme. Le tout aura duré moins d’une minute. Il m’explique pourquoi j’ai eu raison d’accepter, en soulignant que c’est une occasion qui ne se présente pas deux fois dans une vie. Je n’ai pas grand-chose à dire, je suis parfaitement d’accord. On règle ensuite un certain nombre de détails pratiques, puis l’on parle d’autre chose.

 

Le désir et la chance, Fréderic Mitterrand, extraits : La gauche

Je vis dans un certain sentiment de déchirement la rupture que représente mon propre engagement politique, qui m’interdit de mettre en doute la fidélité que je ressens à l’égard du chef de l’État, du premier ministre et de son gouvernement. Le fait est que j’ai toujours été mal à l’aise dans un certain climat de camaraderie à gauche où je sentais bien que les démonstrations d’amitié que l’on me faisait relevaient plus de l’intérêt que l’on portait à mon nom de famille que du travail que je pouvais faire. Il m’a souvent semblé que j’étais un militant de base de la culture, plus conséquent que beaucoup de personnalités plus ou moins soutenues par les médias ou considérées par l’appareil du Parti socialiste. Je n’ai jamais trop souffert de ne pas être reconnu dans ce rôle, mais, en revanche, j’ai toujours été assez mécontent de constater que je n’obtenais jamais l’aide que j’aurais été en droit d’obtenir – parce que, précisément, ce nom de Mitterrand, qui m’attirait les flatteries, était également celui qui suscitait chez chaque responsable me recevant dans son bureau, le désir à peine dissimulé de m’en voir sortir le plus vite possible pour ne pas être accusé de connivence déplacée. En somme, ils me voulaient bien avec eux, mais à la porte de la cuisine.

 

Le désir et la chance, Fréderic Mitterrand, extraits : Au Festival de Cannes

Aux côtés de Woody Allen et de Rachel McAdams au Festival de Cannes en 2011. Crédits photo : Joel Ryan/ASSOCIATED PRESS

J’ai toujours aimé le côté paillettes du cinéma. (…) Pour y avoir navigué dans les soutes (du Festival de Cannes), entre les séries de projections dévorées à un rythme infernal et la fausse effervescence des fêtes de pique-assiette, je pense en avoir mesuré les illusions autant que le charme éphémère. Mais quand on est ministre, on se retrouve dans la situation étrange d’y être pour quelques heures une vedette sans film, une sorte de parasite de luxe qui passe pour le grand ordonnateur. Pour quelqu’un qui s’est toujours dit qu’il ne faut pas aller à Cannes sans un film, même à l’état de projet, le statut de ministre montant les marches le soir de l’inauguration est vraiment un rôle de composition qui m’a fait un peu plus prendre conscience avec angoisse du fossé existant entre mes propres aspirations au statut d’artiste et mes fonctions officielles de représentation. Je m’en suis sorti la première fois en emmenant avec moi des enfants des écoles, pour qui on pouvait parier que la fête serait inoubliable ; et, pour l’édition suivante, toute une escouade de cinéastes tunisiens, enfin libérés de la tutelle de protecteurs trop empressés et de censeurs en tout genre.

 

Le désir et la chance, Frédéric Mitterrand, Essai (broché) : 21€

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