Le pont des anges, entretien avec Philippe Le Guillou

Le pont des anges, entretien avec Philippe Le Guillou

 

 

Le pont des Anges est le nouveau roman de Philippe Le Guillou.

Chronobook (location de livres en ligne) a rencontré l’écrivain et nous livre cet entretien. 

 

 

 

 

Le Pont des anges de Philippe Le Guillou nous raconte l’incroyable accession au trône de Pierre d’un moine irlandais. Situé dans un avenir proche et sombre, ce roman à trois voix (celles de l’auteur, du pape et d’un écrivain alité), a des accents de vérité qui font frémir.

Le récit commence à la fin du pontificat de Miltiade II, premier pape noir de l’Histoire, qui était le héros d’un précédent roman de Philippe Le Guillou, Le dieu noir.

 

Entretien avec l’écrivain Philippe Le Guillou :

Chronobook : Pourquoi avoir choisi de se transporter à Rome ? Comment est née l’idée de ce roman très original ?

Philippe Le Guillou : J’ai trouvé, par hasard, chez un bouquiniste de Rennes un exemplaire de mon roman Le dieu noir, paru en 1987. La nuit qui a suivi, j’ai feuilleté ce roman qui raconte le pontificat d’un pape africain au XXIe siècle. C’est ainsi que m’est venue l’idée de lui donner une suite, ou une continuation…

Votre géographie de Rome n’est pas celle des touristes ni même celle des pèlerins ordinaires (ni le Colisée ni les catacombes ne sont longuement évoqués par exemple). On sent que vous connaissez bien la ville et que vous êtes fasciné par le Tibre notamment. Avez-vous des lieux favoris comme Clément XV ? San Stefano Rotondo, San Clemente, la Vallicella… ?

Philippe Le Guillou : Avant d’écrire un roman, j’aime revisiter les lieux où se déroulera la fiction. Je crois assez bien connaître Rome, mais au printemps 2010, j’ai voulu revoir la Ville éternelle, le Tibre, la Sixtine. C’est à cette occasion, par le plus grand hasard aussi – mais y en a-t-il un? – que, m’étant un peu perdu sur le Celio, j’ai découvert Santo Stefano Rotondo…

Vous avez fait du pape un moine irlandais : y a-t-il toujours un élément celtique dans vos romans ?

Philippe Le Guillou :  Je suis finistérien, mes fibres sont celtiques. L’Irlande est la terre mère de ce grand royaume de tourbières et de vagues. Mon inspiration est bretonne, celtique donc, et j’écris toujours en Bretagne…

Le roman n’évoque pas ou peu les figures de Benoît XVI et Jean-Paul II : pourquoi ?

Philippe Le Guillou :  C’est un roman, mais ces grands papes sont en filigrane. Un quotidien chrétien a récemment vu du Benoït XVI en Clément XV. Je ne démens pas!

L’élection du pape est un moment très émouvant, malgré le climat délétère de l’intrigue. Les coulisses du Vatican, notamment lors du conclave, est un univers qui nous est peu familier : comment vous êtes-vous documenté ?

Philippe Le Guillou :  J’ai déjà raconté un conclave dans Le dieu noir (1) . Oui j’ai beaucoup lu. Sur ce point, je suis incollable!

Vous êtes d’ailleurs très sévère pour la Curie romaine et ses tractations politiques : les cardinaux intriguent, n’ont plus la foi, sont avides de pouvoir. Est-ce le reflet de la réalité ?

Philippe Le Guillou :  On peut le craindre… Ces éminences pourprées sont aussi des hommes! Et des hommes de pouvoir. Mais le futur Clément XV ne leur ressemble en rien.

Pensez-vous que l’Eglise traverse ou va traverser une crise semblable à celle décrite dans le roman pendant le pontificat de Miltiade II : attentats, schismes, excès en tous genres ? Et que les réformes annoncées par Clément XV sont ou seront nécessaires (création de patriarcats, ordination de prêtres mariés) ?

Philippe Le Guillou :  Puissions-nous éviter les schismes. Quant aux réformes esquissées par le pape de mon roman, elles sont inévitables.

Cette histoire se situe dans le futur et pourtant, c’est surtout le passé qu’on semble vouloir ressusciter avec le faste de la liturgie, l’importance du Latran, et même le projet de juger le corps de Miltiade ! Il est nécessaire pour l’Eglise de s’ancrer dans la tradition selon vous ?

Philippe Le Guillou :  Tradition ne veut pas dire repli, retour frileux et conservatisme archéologique. Dans la tradition, il y a pour moi ancrage et nécessaire « retour amont »…

Votre roman s’appelle Le Pont des Anges, et ce lieu est extrêmement symbolique dans votre livre, puisque le pape se promène souvent sur les bords du Tibre et voue une dévotion particulière à la Passion du Christ. Quelle est la signification du nouveau pont des anges peint par l’artiste contemporain Simon Viarmes dans le roman ?

Philippe Le Guillou :  Le pape est pontife, donc passeur, constructeur de ponts. J’aime le Tibre, ses bords malfamés. Le Christ peint que j’attribue à Simon Viarmes, je l’ai vu sur la muraille du quai il y a deux ans. Peut-être s’est-il effacé, comme dans mon livre. Les anges, le pont, les quais, le fleuve sacré, on est là au coeur de la matière émotionnelle et symbolique du roman.

Comment pensez-vous que votre livre puisse être compris par des lecteurs extérieurs au monde catholique ?

Philippe Le Guillou :  Les premiers échos sont excellents. Il n’y a rien qui soit de nature à choquer et ce livre est l’oeuvre d’un catholique convaincu et pratiquant!

Vous êtes un écrivain fécond, mais quel lecteur êtes-vous ? Avez-vous un livre de chevet ? Un livre à conseiller à vos lecteurs ?

Philippe Le Guillou :  Oui, je lis beaucoup. J’ai passé le triduum pascal à Solesmes. Et j’y ai beaucoup lu, le Père Bouyer et Reverdy. Le gant de crin et Le livre de mon bord (2) ne sont jamais loin de moi. Actuellement je lis, avec beaucoup de sympathie, L’Etat blessé de Jean-Noël Jeanneney (3). Mais c’est une autre histoire…

(1) Le dieu noir, Mercure de France, 1987

(2) Pierre Reverdy, Le Gant de crin, 1927 ; Le Livre de mon bord, 1948

(3) Jean-Noël Jeanneney, L’Etat blessé, Flammarion 2012

Le pont des anges, Philippe Le Guillou, Roman (broché). Paru en 03/2012 : 22 €

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