Libre et engagé de Jean-Louis Borloo, extrait

Libre et engagé de Jean-Louis Borloo, extrait

 

 

Le livre, Libre et engagé de Jean-Louis Borloo, est en librairie.

 

 

Un extrait de Libre et Engagé de Jean-Louis Borloo.

Il s’agit d’un passage sur ses relations avec Nicolas Sarkozy.

« Le nettoyage au Karcher, ce n’était ni ma vision des cités ni ma façon de voir les choses. Mais parallèlement, je considérais qu’il avait la dimension, l’énergie pour exercer la fonction présidentielle. Je trouvais surtout qu’aucun des deux autres candidats, Ségolène Royal ou François Bayrou, n’était en mesure de diriger pendant cinq ans le pays, ni de faire les réformes qui s’imposaient. Pendant cette période, j’étais vraiment mal à l’aise, à tel point que, fréquemment sollicité et sommé de choisir mon camp, je répondais que je ne soutiendrais personne. Une position qui devenait au fil du temps difficilement tenable. Il est arrivé un moment où j’étais presque en situation de lâcheté, si je ne répondais pas. J’ai alors pris quinze jours pour écrire un petit livre, L’Architecte et l’horloger, dans lequel j’exprimais ce que j’avais sur le cœur et dans le ventre. Je lui ai alors dit : « Nicolas, lis-le et si tu es d’accord sur l’essentiel, je veux bien te soutenir. Je ne te demande rien en contrepartie, ce n’est pas un deal. »

A l’occasion d’un long, très long dîner et séance de travail, je me suis retrouvé face à lui. Il avait mon livre à la main, avait souligné des passages entiers au feutre et me donna la liste de tous les points sur lesquels il était d’accord. Je l’ai soutenu (…).

« Quand Nicolas Sarkozy m’invite après les régionales, je lui dis clairement qu’il a besoin de rééquilibrer sa majorité vers le centre et qu’il lui faut opérer un véritable tournant social. Il s’agit de changer de politique, pas de remanier l’équipe gouvernementale comme on ferait un casting. C’est à l’époque qu’il évoque Matignon. Envisage-t-il réellement de me confier le poste de Premier ministre, lui qui avait théorisé sur les raisons de l’échec de Valéry Giscard d’Estaing, considérant comme fatal de ne pas avoir changé de Premier ministre deux ans avant la fin du septennat ? Souhaite-t-il tester sa majorité ou montrer à François Fillon qu’il a une alternative ? Je ne saurais dire.

Ma position est claire : soit il s’agit d’un nouveau cap social cohérent avec ce que je représente, soit tout cela n’a aucun sens à moins de dix-huit mois de la fin du quinquennat. Et là je comprends vite qu’il n’y aura pas de virage. A l’époque, en septembre 2010, je suis persuadé qu’il est urgent de faire sauter le bouclier fiscal, de renouer avec les partenaires sociaux, de développer un plan massif de qualification de la jeunesse, bref, un vrai changement. Ce ne sera finalement pas son choix et c’est, honnêtement, son droit le plus strict.

Nicolas Sarkozy est de bonne foi quand il me propose le Quai d’Orsay, il pense que c’est une proposition formidable dans la perspective du G20. Il ne croit pas une seconde que je puisse refuser. Sauf que ce n’est pas dans mon champ de vision, pas dans ma logique. Je partirai heureux.

En fait, les choses ont toujours été simples entre nous. Si je ne conteste évidemment pas la prééminence du Président, je n’ai jamais eu avec lui des rapports de dépendance. C’est Jacques Chirac qui m’a fait venir pour la première fois au gouvernement. Je dirais que, finalement, nous avons des relations plutôt adultes. Je crois qu’il me comprend beaucoup mieux qu’une partie de la nomenklatura, probablement parce qu’il a, lui aussi, un caractère transgressif. Il est certainement, parmi les politiques, celui qui me connaît le mieux.

Nos relations ont été un mélange de pudeur et de respect. J’ai toujours eu l’impression qu’il me faisait confiance, sur le fond. Quand on a les idées claires, des convictions et pas mal de tempérament, il vous respecte. Bref, il n’est pas si difficile de travailler avec lui.

Son exercice de la fonction présidentielle est un paradoxe. Sa plus grande force est également sa principale faiblesse. Il a tellement voulu être Président qu’il vit son mandat comme impératif : à savoir faire tout ce pour quoi il a été élu. Il est obsédé par l’idée d’être opérationnel toujours et tout le temps, car il considère que la France a trop perdu de temps. Sa hantise est, comme ce fut le cas pour certains présidents par le passé, de voir ses décisions « ensa-blées » par la structure. Face à cette déperdition d’énergie considérable, à ce risque d’enlisement, il a instauré une présidence en « circuits courts » – une méthode qui a, certes, des avantages et permet de « débloquer » des dossiers, mais qui empêche trop souvent de fédérer. C’est cette pratique qui a fait de lui un « hyper- président» quand il avait, lui, uniquement l’impression de monter au front. C’est probablement cette volonté de dénouer les problèmes qui a donné ce sentiment d’un activisme forcené.

Cette manière de vouloir se mêler de tout et tout le temps, par peur de l’immobilisme(…). »

Libre et engagé, Jean-Louis Borloo, livre politique : 18 €

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