Marie Hervieu, citoyenne d’Orbec

Marie Hervieu, citoyenne d’Orbec

Par François Rozé

Publié le 17/02/12
Classique
Marie, l’avenante épouse de Pierre Hervieu, aubergiste, versait à boire à ses soiffards matinaux. Attablé, Alexis Mahieu, maître de poste à la trogne rubiconde et bouffie, tirait sur une longue pipe de buis. Bedaine étalée sur ses fortes cuisses, il dévorait la patronne de ses gros yeux globuleux. Il tétait sa bouffarde un coup, son pot de cidre le coup suivant, en claquant la langue car le cru avait pris un brin d’acidité.
Qu’aurait-on enduré pour reluquer la belle Marie aux formes attrayantes ?
Un nuage nauséabond l’entourait. Ça gênait manifestement François Isaïe Le Bugle, apothicaire, étriqué dans son costume un peu serré aux entournures. Ce dernier aurait peut-être dû abandonner son gilet ; du coup, il aurait mieux résisté aux odeurs agressives de son indélicat voisin qui lui soufflait dans le nez.
Derrière ses bésicles qui lui donnaient une allure d’intellectuel, il s’efforçait de distinguer, lui aussi, l’affriolante Marie.
On la disait vertueuse. Son mari avait bel et bien les tempes grisonnantes, un ventre proéminent, un triple menton significatif, et la flamberge « paresseuse » (d’après les mauvaises langues). Ça n’empêchait pas que le maître de céans était un cuisinier chez qui l’on mangeait royalement…